Comment bien utiliser un thermomètre auriculaire pour un résultat fiable ?

# Comment bien utiliser un thermomètre auriculaire pour un résultat fiable ?

La mesure précise de la température corporelle représente un geste médical fondamental dans le suivi de l’état de santé. Parmi les différentes méthodes disponibles, la thermométrie auriculaire s’impose comme une technique particulièrement performante, alliant rapidité d’exécution et fiabilité des résultats. Cette technologie infrarouge, largement adoptée par les professionnels de santé, nécessite toutefois une maîtrise technique rigoureuse pour garantir des mesures exactes. La précision d’un relevé tympanique dépend de nombreux facteurs : anatomie du conduit auditif, positionnement du capteur, préparation du patient et calibration de l’appareil. Une utilisation incorrecte peut entraîner des écarts de plusieurs dixièmes de degré, compromettant ainsi l’évaluation clinique et la prise de décision thérapeutique.

Anatomie du conduit auditif et principe de mesure infrarouge tympanique

Le conduit auditif externe constitue un canal anatomique d’environ 2,5 centimètres de longueur chez l’adulte, reliant le pavillon auriculaire à la membrane tympanique. Cette structure présente une forme sinueuse caractéristique, avec une première portion cartilagineuse orientée vers le haut et l’arrière, puis une seconde portion osseuse dirigée vers l’avant et le bas. Cette configuration naturelle explique pourquoi la technique de traction du pavillon s’avère indispensable pour redresser le canal et permettre au capteur infrarouge d’accéder directement au tympan.

Structure du tympan et émission de rayonnement thermique corporel

La membrane tympanique, fine pellicule de tissu conjonctif d’environ 1 millimètre d’épaisseur, sépare l’oreille externe de l’oreille moyenne. Sa température reflète avec une remarquable précision celle du sang circulant dans les vaisseaux adjacents. Le tympan émet un rayonnement infrarouge dont l’intensité varie proportionnellement à sa température absolue, selon la loi de Stefan-Boltzmann. Cette émission thermique naturelle, située dans une plage spectrale de 8 à 14 micromètres, peut être captée par un détecteur pyroélectrique spécialisé sans nécessiter aucun contact physique direct.

Fonctionnement du capteur pyroélectrique dans les thermomètres braun ThermoScan

Les thermomètres auriculaires de dernière génération, comme les modèles Braun ThermoScan ou Omron Gentle Temp, intègrent un capteur pyroélectrique composé de cristaux piezoélectriques sensibles aux variations de rayonnement infrarouge. Lorsque ces cristaux reçoivent le flux thermique émis par le tympan, ils génèrent une charge électrique proportionnelle à l’intensité du rayonnement capté. Un microprocesseur convertit ensuite ce signal électrique en valeur de température, en tenant compte de coefficients de correction spécifiques à la géométrie du conduit auditif et aux propriétés d’émissivité des tissus biologiques.

Différence entre mesure tympanique et température corporelle centrale

La température tympanique présente une corrélation étroite avec la température corporelle centrale, mesurée classiquement par voie rectale ou œsophagienne. Des études cliniques ont démontré que l’écart moyen entre ces deux méthodes n’excède généralement pas 0,2 à 0,3°C dans des conditions d’utilisation optimales. Cette proximité s’explique par la vascularisation particulière de la région tympanique, irriguée par des branches artérielles directement issues de la circulation cérébrale. La température

observée au niveau du tympan est ainsi considérée comme un excellent reflet de la température interne, à condition que la sonde soit correctement orientée et que le conduit auditif ne soit pas obstrué. En pratique, lorsqu’un thermomètre auriculaire est bien utilisé, vous pouvez interpréter la valeur obtenue comme une température centrale, sans avoir à appliquer de correction systématique, contrairement aux mesures axillaires ou buccales.

Vascularisation de l’artère carotide et précision des relevés auriculaires

La haute précision de la thermométrie auriculaire s’explique aussi par la proximité anatomique du tympan avec le polygone de Willis et les branches terminales de l’artère carotide interne. Le sang artériel qui irrigue la région tympanique a une température très proche de celle du tronc cérébral, où se trouve le centre de régulation thermique. En mesurant le rayonnement infrarouge issu de cette zone, le thermomètre auriculaire accède donc à une information thermique quasi identique à celle d’une sonde centrale.

Cette particularité vasculaire confère au thermomètre auriculaire un avantage déterminant par rapport à un thermomètre frontal ou axillaire, plus sensibles aux variations de température ambiante. Pour des patients fébriles, fragiles ou en cours de suivi d’une infection, cette précision accrue permet de détecter plus finement les variations de fièvre et d’ajuster un traitement antipyrétique. C’est la raison pour laquelle de nombreux services hospitaliers privilégient aujourd’hui la mesure tympanique pour le monitorage de la température corporelle.

Préparation technique avant la prise de température auriculaire

Une mesure tympanique fiable commence bien avant l’insertion de la sonde dans l’oreille. La préparation technique de l’appareil et du patient conditionne directement la qualité du relevé. Un thermomètre auriculaire mal acclimaté, un embout réutilisé ou un conduit auditif obstrué peuvent induire des écarts de 0,5 °C ou plus, suffisants pour sous-estimer ou surestimer une fièvre.

Avant chaque prise de température, il est donc indispensable de vérifier l’intégrité des embouts, de contrôler l’état du conduit auditif externe et de laisser l’appareil s’équilibrer avec la température de la pièce. Cette routine ne prend que quelques minutes mais garantit que le thermomètre auriculaire délivre un résultat représentatif de la véritable température corporelle.

Vérification de l’embout jetable et contamination croisée

Les thermomètres auriculaires Braun ThermoScan, Omron Gentle Temp ou encore Beurer FT58 sont conçus pour être utilisés avec des embouts jetables spécifiques. Ces embouts assurent non seulement l’hygiène entre deux patients, mais aussi la bonne transmission du rayonnement infrarouge jusqu’au capteur. Un embout froissé, opaque ou encrassé peut atténuer le signal et fausser la lecture de plusieurs dixièmes de degré.

Avant chaque mesure, vous devez donc vérifier visuellement que l’embout est intact, propre et correctement enclenché sur la sonde. En contexte familial, il est tentant de réutiliser le même embout, mais cela augmente le risque de contamination croisée, en particulier en cas d’otite, de rhume ou d’infection ORL. En pratique, le changement systématique d’embout entre chaque personne, et au minimum à chaque épisode infectieux, constitue une mesure de sécurité simple et peu coûteuse.

Nettoyage du conduit auditif externe et présence de cérumen

Un autre facteur majeur de fiabilité est la présence de cérumen dans le conduit auditif. Un bouchon important agit comme une barrière thermique, comparable à une couche d’isolant qui bloque partiellement le rayonnement infrarouge émis par le tympan. Dans ce cas, le thermomètre auriculaire risque de sous-estimer la température corporelle, parfois de manière significative.

Il n’est pas question pour autant de pratiquer des nettoyages agressifs avec des cotons-tiges, qui poussent le cérumen au fond du conduit et peuvent irriter la peau. La bonne pratique consiste à entretenir régulièrement les oreilles avec un lavage doux (eau tiède, solution auriculaire adaptée) et, en cas de doute sur un bouchon, à consulter un professionnel de santé. Avant une prise de température auriculaire importante (chez un nourrisson fébrile, par exemple), vérifiez au moins qu’aucun corps étranger, écoulement ou douleur aiguë n’est présent dans l’oreille.

Acclimatation du thermomètre et température ambiante optimale

Comme tout appareil de mesure, le thermomètre auriculaire est sensible aux variations de température ambiante. Un appareil stocké dans une voiture froide en hiver ou au soleil en été nécessite quelques minutes pour s’acclimater avant d’être utilisé. Sinon, le capteur interne risque de corriger de manière excessive ou insuffisante le rayonnement capté, produisant un relevé trompeur.

Idéalement, le thermomètre auriculaire doit être conservé dans la même pièce que celle où vous prenez la température, à une température comprise entre 18 °C et 25 °C. Si l’appareil vient d’être déplacé depuis un environnement très différent (extérieur froid, salle de bain chaude), laissez-le reposer au moins 10 à 15 minutes avant la mesure. De la même manière, attendez quelques minutes après un retour de l’extérieur ou une exposition prolongée au vent avant de mesurer la température d’un enfant par voie auriculaire.

Calibration des modèles omron gentle temp et beurer FT58

Les thermomètres auriculaires grand public tels que les Omron Gentle Temp ou Beurer FT58 sont pré-calibrés en usine et conformes aux normes européennes (marquage CE). Toutefois, comme tout instrument de diagnostic, leur précision peut dériver légèrement au fil du temps, en particulier en cas d’utilisation intensive ou de chocs répétés. Pour maintenir la fiabilité des mesures, il est recommandé de vérifier périodiquement leur justesse.

Certains modèles disposent de fonctions de vérification interne ou de modes test permettant de contrôler le bon fonctionnement du capteur. Pour un usage professionnel, il est possible de comparer le thermomètre auriculaire à un dispositif de référence (sonde rectale électronique calibrée) sur un patient stable, ou mieux encore, de le faire contrôler dans un service de métrologie biomédicale. En cas d’écart systématique supérieur à ±0,3 °C par rapport à une référence fiable, un remplacement ou une re‑calibration par le fabricant doit être envisagé.

Technique de positionnement et manipulation du pavillon auriculaire

La précision d’un thermomètre auriculaire ne dépend pas uniquement de la qualité de son capteur : la technique de positionnement est déterminante. Un même thermomètre peut donner deux résultats différents chez la même personne si l’angle d’insertion ou la traction de l’oreille varient. Visualiser le conduit auditif comme un tunnel légèrement coudé vous aide à comprendre pourquoi il faut le « redresser » avant d’introduire la sonde.

La manipulation du pavillon doit rester douce, surtout chez l’enfant et le nourrisson, mais suffisamment ferme pour aligner le conduit cartilagineux et osseux vers le tympan. Cette étape, souvent négligée en utilisation domestique, explique une grande partie des écarts observés entre la température auriculaire et la température rectale ou buccale.

Redressement du conduit auditif chez l’adulte par traction postéro-supérieure

Chez l’adulte et l’enfant de plus de deux ans, le conduit auditif présente une orientation naturelle vers le haut et l’arrière dans sa portion cartilagineuse, puis vers l’avant et le bas dans sa portion osseuse. Pour que le faisceau infrarouge du thermomètre atteigne correctement le tympan, il est essentiel de redresser ce trajet sinueux en tirant le pavillon vers le haut et légèrement vers l’arrière.

Concrètement, placez votre main libre au-dessus de l’oreille, pincez délicatement le pavillon entre votre pouce et votre index, puis exercez une traction postéro-supérieure douce mais ferme. Pendant que vous maintenez cette position, insérez la sonde dans le conduit auditif de l’autre main, en veillant à garder l’angle d’insertion stable jusqu’au signal sonore. Cette simple manœuvre améliore considérablement la reproductibilité de vos mesures auriculaires.

Méthode de traction postéro-inférieure pour les nourrissons de moins de 3 ans

Chez les nourrissons et jeunes enfants de moins de trois ans, l’anatomie du conduit auditif est différente : il est plus court, plus horizontal et plus étroit. Une traction vers le haut serait non seulement inconfortable, mais aussi inefficace pour aligner le canal. La technique recommandée consiste plutôt à tirer le pavillon de l’oreille vers l’arrière et légèrement vers le bas, ce que l’on appelle traction postéro-inférieure.

Installez l’enfant dans une position stable, idéalement sur vos genoux, la tête légèrement inclinée sur le côté opposé. Maintenez le pavillon entre vos doigts, appliquez la traction postéro-inférieure, puis introduisez la sonde de manière très progressive, sans forcer. Si l’enfant bouge beaucoup, il vaut mieux recommencer calmement plutôt que de tenter de maintenir l’appareil de force, au risque de blesser le conduit auditif ou de générer une mesure inexacte.

Angle d’insertion du cône de mesure et orientation vers le tympan

L’angle d’insertion du cône de mesure représente un autre paramètre clé. L’objectif est d’orienter la sonde vers le centre du tympan, et non vers la paroi supérieure ou inférieure du conduit auditif. Imaginez que vous vouliez éclairer le fond d’un couloir avec une lampe torche : si vous dirigez la lumière vers le plafond, vous verrez mal la porte du fond. Il en va de même pour le faisceau infrarouge.

Après avoir effectué la traction adéquate du pavillon, alignez le thermomètre dans l’axe du conduit, en évitant de le pointer vers le haut ou le bas. Chez l’adulte, la sonde doit être insérée jusqu’à ce que l’embout scelle confortablement l’entrée de l’oreille, sans douleur. Chez le jeune enfant, une insertion plus superficielle suffit, à condition que l’orientation soit correcte. Un angle d’insertion constant, répété à chaque mesure, est indispensable pour comparer de manière fiable les températures successives.

Pression d’appui et étanchéité du conduit sans compression excessive

Une légère pression d’appui sur le pavillon est nécessaire pour assurer une bonne étanchéité entre l’embout et le conduit auditif. Cette étanchéité limite les interférences provenant de l’air ambiant et stabilise le champ de mesure du capteur infrarouge. Cependant, une pression excessive peut déformer le conduit, provoquer un inconfort ou même couper partiellement le faisceau infrarouge dirigé vers le tympan.

La règle pratique consiste à appliquer une pression suffisante pour que l’embout ne « bouge » pas lorsque vous relâchez légèrement la main, tout en veillant à ce que la personne ne ressente ni douleur ni sensation de compression. Si vous devez forcer pour maintenir le thermomètre en place, c’est que l’angle d’insertion ou la taille de l’embout ne sont pas adaptés. Un positionnement correct doit toujours rester confortable, même en cas de fièvre élevée ou d’hypersensibilité de l’oreille.

Protocole de mesure et interprétation des valeurs affichées

Une fois le positionnement maîtrisé, le respect d’un protocole de mesure constant permet d’obtenir des résultats fiables et reproductibles. Chaque fabricant (Braun, Omron, Beurer…) propose des recommandations spécifiques, mais les grandes étapes restent similaires : allumage, stabilisation, insertion, déclenchement de la mesure, puis lecture de la température. Vous vous demandez combien de temps laisser l’appareil dans l’oreille ou comment gérer plusieurs mesures successives ? C’est précisément ce que nous allons détailler.

Au-delà de la simple valeur affichée, il est également important de comprendre si le thermomètre indique une température tympanique brute ou une température dite « équivalente rectale », calculée à partir d’algorithmes internes. Cette nuance a un impact sur l’interprétation clinique, notamment pour décider si une fièvre à 38 °C doit être confirmée ou non par une autre méthode.

Durée de stabilisation du capteur infrarouge et signal sonore de confirmation

La plupart des thermomètres auriculaires modernes disposent d’une sonde préchauffée et d’un algorithme de calcul rapide, permettant d’obtenir un résultat en une à trois secondes. Toutefois, cette rapidité ne doit pas faire oublier le temps de stabilisation du capteur après l’allumage. Si vous déclenchez la mesure immédiatement, le capteur peut encore être en phase de compensation thermique, d’où un risque de sous-estimation de la température.

La bonne pratique consiste à allumer l’appareil, à attendre quelques secondes (suivant les indications du fabricant), puis à insérer la sonde et à lancer la mesure. Le signal sonore (bip) marque la fin du relevé : il est alors inutile de maintenir davantage le thermomètre dans l’oreille, la valeur étant déjà enregistrée. En revanche, retirer l’appareil avant ce signal revient à interrompre le calcul, ce qui peut générer une valeur incomplète ou un code d’erreur.

Conversion automatique entre mode tympanique et équivalent rectal

Plusieurs modèles récents de thermomètres auriculaires proposent un mode de conversion automatique, affichant non pas la température tympanique stricte mais une valeur « équivalente rectale ». L’objectif est de faciliter l’interprétation pour l’utilisateur, en rapprochant la mesure auriculaire de la température centrale de référence, traditionnellement obtenue par voie rectale. Cette fonctionnalité est particulièrement utilisée en pédiatrie.

Concrètement, le microprocesseur intègre des algorithmes qui ajoutent ou soustraient quelques dixièmes de degré en fonction de l’âge du patient et des données issues d’études cliniques. Il est donc essentiel de bien connaître le mode sélectionné sur votre appareil : une température auriculaire brute à 37,8 °C ne se lit pas de la même manière qu’une température déjà convertie en équivalent rectal. En cas de doute, consultez la notice et, si nécessaire, comparez ponctuellement avec une mesure rectale de référence pour valider la cohérence des résultats.

Écart acceptable entre mesures successives et coefficient de variation

Dans la pratique, il est fréquent de répéter une mesure tympanique pour confirmer un résultat inhabituel, par exemple une température auriculaire très élevée ou au contraire étonnamment basse. Mais jusqu’où un écart entre deux mesures est-il encore acceptable ? Les études de précision des thermomètres auriculaires indiquent généralement un coefficient de variation inférieur à ±0,2 °C dans des conditions optimales.

En usage domestique, un écart de 0,2 à 0,3 °C entre deux mesures successives, réalisées dans la même oreille et dans les mêmes conditions, peut être considéré comme normal. Au-delà de 0,5 °C de différence, il est recommandé de vérifier la technique de positionnement, l’intégrité de l’embout et l’absence de facteur perturbateur (oreille froide, mouvement brusque, obstruction par cérumen). En cas de doute persistant, prenez une troisième mesure, toujours du même côté, et basez votre interprétation sur la valeur la plus cohérente avec l’état clinique du patient.

Facteurs de distorsion et sources d’erreur de mesure

Même avec un thermomètre auriculaire haut de gamme et une bonne technique, certaines situations cliniques ou environnementales peuvent fausser les résultats. Connaître ces facteurs de distorsion vous permet de les anticiper ou, au minimum, de interpréter les relevés avec prudence. Une température auriculaire anormalement basse chez un patient visiblement fébrile doit toujours conduire à rechercher une cause d’erreur plutôt qu’à conclure trop vite à l’absence de fièvre.

Parmi les sources d’erreur les plus fréquentes, on retrouve les pathologies de l’oreille moyenne (otites, épanchements), l’exposition récente au froid ou au chaud, ou encore le fait de rester longtemps couché sur une oreille. Ces éléments modifient temporairement la distribution de la chaleur ou la conductivité thermique dans la région auriculaire, pouvant entraîner des lectures discordantes entre les deux oreilles.

Otite moyenne avec épanchement et modification de la conductivité thermique

En cas d’otite moyenne aiguë ou séreuse, la cavité située derrière le tympan se remplit de liquide inflammatoire, ce qui modifie la conductivité thermique entre l’oreille moyenne et le tympan. Selon le stade de l’infection, la membrane tympanique peut apparaître épaissie, congestionnée, voire perforée, altérant la manière dont elle émet et transmet le rayonnement infrarouge. Le thermomètre auriculaire peut alors surestimer ou, plus rarement, sous-estimer la température centrale.

Face à un enfant présentant des douleurs auriculaires, un écoulement ou un antécédent d’otite récente, il est prudent de comparer les mesures auriculaires des deux côtés. Si l’écart dépasse 0,5 °C de façon constante, privilégiez la mesure du côté non atteint ou recourez à une voie alternative (rectale chez le nourrisson, buccale ou axillaire chez l’enfant plus grand). En cas de suspicion d’otite moyenne avec épanchement, la mesure de la fièvre ne remplace évidemment pas l’examen clinique par un professionnel de santé.

Exposition récente au froid et refroidissement du pavillon externe

Une exposition prolongée au froid (sortie en hiver, bain en mer, climatisation directe) peut entraîner un refroidissement significatif du pavillon de l’oreille et de la portion externe du conduit auditif. Même si la température centrale reste normale ou élevée, la zone superficielle mesure parfois plusieurs degrés de moins, perturbant le calcul du thermomètre auriculaire, qui doit corriger ce gradient thermique.

Pour limiter cet effet, attendez au moins 10 à 15 minutes après un retour en intérieur avant de prendre la température auriculaire, surtout chez les jeunes enfants. Veillez également à ce que l’oreille ne soit pas humide (pluie, sueur, douche récente) : séchez-la délicatement avec une serviette propre avant de positionner la sonde. En cas de doute, vous pouvez comparer la température auriculaire avec une mesure frontale ou axillaire, en tenant compte des corrections nécessaires, afin de confirmer l’existence d’une fièvre.

Positionnement latéral prolongé et asymétrie thermique temporaire

Le fait de rester allongé longtemps sur un côté, par exemple lors du sommeil, peut provoquer une légère élévation de la température au niveau de l’oreille « écrasée » en raison d’une diminution de la dissipation thermique locale. À l’inverse, l’oreille exposée à l’air ambiant peut être légèrement plus fraîche. Cette asymétrie thermique temporaire explique parfois des différences de 0,3 à 0,5 °C entre l’oreille droite et l’oreille gauche juste au réveil.

Dans un protocole de surveillance de la fièvre, il est donc conseillé de toujours utiliser la même oreille pour suivre l’évolution de la température corporelle. Si vous devez changer de côté pour une raison particulière (douleur, otite, chirurgie de l’oreille), gardez à l’esprit qu’une différence modérée entre les deux oreilles ne traduit pas nécessairement une variation réelle de la température centrale. L’important est de prendre en compte l’état clinique global du patient et, si besoin, de confirmer par une autre méthode de mesure.

Entretien du matériel et traçabilité métrologique des mesures

Un thermomètre auriculaire, même très performant, ne peut rester fiable sans un entretien rigoureux et une vérification régulière de sa justesse. En milieu hospitalier, ces appareils sont intégrés à un plan de maintenance biomédicale avec des contrôles métrologiques périodiques. À domicile, quelques gestes simples suffisent pour prolonger la durée de vie du thermomètre et préserver la précision des relevés de température corporelle.

Nettoyage, désinfection, remplacement systématique des embouts et contrôle occasionnel de la précision composent la base de cette démarche qualité. En adoptant ces bonnes pratiques, vous vous assurez que chaque mesure tympanique reste un indicateur fiable sur lequel vous pouvez vous appuyer pour décider d’une consultation médicale ou ajuster un traitement.

Désinfection du corps du thermomètre selon protocoles hospitaliers

Le corps du thermomètre auriculaire, incluant la poignée, l’écran et les boutons, constitue une surface potentiellement contaminée par les mains du soignant et de l’utilisateur. En milieu professionnel, il est recommandé d’appliquer les protocoles de désinfection de surface courants : essuyage avec une lingette imprégnée de solution détergente-désinfectante compatible avec les dispositifs médicaux, en respectant le temps de contact préconisé.

À domicile, un nettoyage régulier avec un chiffon doux légèrement imbibé d’alcool à 70 % ou de solution désinfectante non corrosive est généralement suffisant. Il convient d’éviter les produits abrasifs, les solvants forts et l’immersion de l’appareil dans l’eau, qui pourraient endommager les composants internes. Veillez enfin à toujours désinfecter l’appareil après utilisation chez une personne infectée (grippe, COVID-19, gastro-entérite) afin de réduire le risque de transmission à d’autres membres du foyer.

Remplacement des embouts ProHygiene et respect de la chaîne stérile

Les embouts jetables de type ProHygiene ou équivalents constituent une barrière essentielle entre la sonde du thermomètre et le conduit auditif. En milieu hospitalier, ils sont fournis en sachets ou boîtes stériles et doivent être manipulés avec des mains propres ou des gants non stériles, juste avant la mesure. Une fois l’embout clipsé, il ne doit plus être touché : tout contact avec les doigts ou une surface potentiellement contaminée rompt la chaîne stérile.

En pratique, l’embout doit être changé après chaque patient, et idéalement après chaque mesure en contexte infectieux. Il est formellement déconseillé de laver ou de désinfecter un embout à usage unique pour le réutiliser, car sa transparence infrarouge et son intégrité mécanique ne sont plus garanties. Un stock suffisant d’embouts compatibles avec votre modèle (Braun, Omron, Beurer…) doit être anticipé, notamment en période hivernale où la fréquence des mesures augmente.

Contrôle périodique de justesse avec bain thermostaté de référence

Pour les structures de soins ou les cabinets médicaux, la traçabilité métrologique des thermomètres auriculaires passe par un contrôle périodique de justesse. La méthode de référence consiste à utiliser un bain thermostaté de laboratoire ou un simulateur de température dédié, permettant de soumettre la sonde à des températures connues (par exemple 36 °C, 38 °C, 40 °C) et de comparer les valeurs lues à celles attendues. Les écarts sont consignés dans un registre, garantissant la conformité de l’appareil aux spécifications du fabricant.

En pratique domestique, un tel équipement est rarement disponible, mais vous pouvez tout de même contrôler ponctuellement votre thermomètre auriculaire en le comparant à un thermomètre électronique rectal ou buccal de bonne qualité, chez un adulte en bonne santé et au repos. Si vous constatez de manière répétée un écart supérieur à ±0,3 °C, malgré une technique correcte, il est judicieux de contacter le service après-vente du fabricant ou d’envisager le remplacement du dispositif pour maintenir un suivi fiable de la température corporelle.

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